L’actualité européenne en matière d’avortement est des plus contrastée en ce début d’année 2007 : alors que les citoyen-nes portugais viennent d’approuver par référendum une libéralisation de l’avortement, les parlementaires polonais étaient appelés à se prononcer sur un projet d’interdiction totale de l’avortement. Vendredi 13 avril, le Parlement a finalement rejeté les cinq propositions de modification de la constitution présentées par la droite conservatrice (Droit et Justice) et l’extrême droite ultra catholique (Ligue des familles polonaises) qui sont membres de la coalition au pouvoir. Ces amendements visaient à instaurer « la protection de la vie dès la conception » et autre « dignité de l’homme dès sa conception ». En d’entre terme, ils avaient pour objectif de donner un statut juridique à l’embryon. S’ils avaient été adoptés, ces amendements auraient ouvert la possibilité d’interdire totalement l’avortement. Trois d’entre eux ont tout de même été votés à une majorité simple. Heureusement qu’une majorité des deux tiers est requise pour modifier la constitution ! La gauche sociale démocrate et la majorité des libéraux de la Plateforme civique, également dans l’opposition et deuxième force politique du pays, ont globalement voté contre les amendements. Cette défaite des ultra conservateurs polonais suit de peu la condamnation prononcée par la Cour européenne des droits de l’Homme à l’encontre de l’Etat Polonais pour avoir refusé un avortement thérapeutique à une femme dont la grossesse posait un risque pour sa santé. Et ce alors que la loi polonaise - pourtant très restrictive - le permettait. L’histoire de Alicia Tysiac, qui est devenue quasiment aveugle suite à sa troisième grossesse, illustre la situation dramatique de nombreuses femmes polonaises qui se voient quasiment systématiquement refuser un avortement thérapeutique alors même que la loi le prévoit. Non seulement le droit à l’avortement a été considérablement réduit par diverses réformes législatives adoptées dans les années 90, mais la loi actuelle n’est même pas respectée, au mépris de la vie et des droits des femmes. Le gouvernement en place, qui cautionne ce non respect de la loi en vigueur, voulait franchir une nouvelle étape en rendant l’avortement inconstitutionnel. Son projet a pour l’instant échoué. Mais les mouvements progressistes polonais restent vigilants. La situation actuelle demeure très fragile et insatisfaisante. Au lieu de pouvoir mener campagne pour élargir le droit à l’avortement, les organisations féministes polonaises en sont pour l’instant réduites à éviter le pire ! Espérons que l’exemple portugais fasse réfléchir la classe politique polonaise.