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Sida : Quelle contraception pour les femmes séropositives ?

"La meilleure contraception c'est celle que l'on choisit" dit-on ! Mais ce n'est pas forcément vrai pour les femmes séropositives au delà de la difficulté à penser qu'elles puissent avoir ou souhaiter avoir des relations sexuelles.

28/11/2013
Sida : Quelle contraception pour les femmes séropositives ?

Les femmes séropositives osent-elles aborder cette question avec les médecins qu’elles rencontrent ? Savent-elles quels sont les moyens dont elles disposent ? Pour les femmes qui se sont exprimées lors des colloques organisés par le collectif inter-associatif Femmes & VIH, ce n'est pas si évident que ça.

Même si avec l’avènement du traitement antiviral (ARV) comme outil de prévention, il est davantage admis par le corps médical que les rapports ne sont pas tous protégés par des préservatifs. La parole est encore difficile. Le dernier rapport d’experts rappelle que « dans l’étude VESPA de 2007, deux femmes sur trois vivant avec le VIH déclaraient ne pas avoir de projet de grossesse d’où un important besoin de contraception fiable et bien tolérée ».

L’état des connaissances aujourd’hui en matière contraception pour les femmes séropositives est le suivant :

  • Le préservatif est un bon moyen de contraception dont l’efficacité dépend de la bonne utilisation (3 à 14% de grossesses non désirées avec le masculin et 5 à 22% avec le féminin, en fonction de l’expérience)
  • La contraception oestroprogestative (pilule, patch,anneau vaginal) est utilisable, mais il faut prendre en compte :
    • les interactions avec les ARV. Malheureusement, nous n’avons que des données de pharmacocinétique et aucune étude clinique ne confirme la baisse d’efficacité supposée. En attendant que ces études soient mises en place, les experts ont pu établir la liste des ARV qui pourraient diminuer leur efficacité et ceux qui sont compatibles avec la contraception hormonale.
    • L’augmentation par la contraception oestroprogestative du risque artériel thromboembolique chez les femmes à risque (tabac, surpoids, hypertension), en particulier après 35 ans,  est à prendre en compte en raison des effets indésirables cardiovasculaires des traitements ARV.
  • L’implant contraceptif : Possible mais comporte deux inconvénients. Un, il peut augmenter la fréquence et la durée des saignements, ce qui, en cas de relations non protégées, peut augmenter le risque de transmission et deux voir son efficacté baisser avec certains avec certains ARV
  • Les dispositifs intra-utérins : c’est la méthode privilégiée par l’OMS. Ils n’y a pas plus de complications ou de difficultés de pose que pour les femmes séronégatives.
  • La contraception définitive : elle peut convenir aux femmes comme aux hommes (vasectomie ou stérilisation par voie hystéroscopique). Elle doit être proposée.
  • La contraception injectable par 'Dépro-provera' Il n'y a pas d’interaction avec les ARV mais en France elle est réservée à des situations particulières, compte tenu des effets indésirables. Les études internationales concernant son implication dans l’augmentation de la transmission du VIH n’ont pas été formellement contributives, même si l’OMS propose dans les zones de forte endémie d’utiliser en plus le préservatif. Il faut donc attendre des conclusions plus claires sur ce risque supposé car la santé des femmes ne doit pas être mise en danger.
  • La contraception d’urgence peut être utilisée mais les dosages peuvent être différents en fonction de l’ARV.

A noter que le rapport experts, dans un chapitre intitulé « Désir d’enfant et grossesse », a recommandé en introduction que "Le dépistage du VIH (et des autres IST) chez les deux membres du couple doit être encouragé à toute consultation ayant trait a la procréation (grossesse, consultation pré-conceptionnelle, infertilité, contraception, interruption volontaire de grossesse)". Ce dépistage large s’inscrit dans la démarche globale des recommandations du chapitre "Depistage".

En ce qui concerne l’interruption volontaire de grossesse (IVG), le rapport d'expert confirme que l'on sait peu de chose sur la pratique de l’IVG chez les femmes séropositives faute de données significatives. La seule référence étant une petite étude de cohorte qui n’a pas montré d’augmentation de risques infectieux. Ce qui est établi c'est que l’arrivée des traitements antirétroviraux efficaces a considérablement diminué le nombre d’IVG chez les femmes vivants avec le VIH.