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VIH & travail sexuel: une nouvelle étude parue dans The Lancet confirme l’impact négatif de la pénalisation

Le 24 janvier 2017, The Lancet publie une étude[1] comparant 27 pays européens et la corrélation entre leurs lois sur le travail sexuel et l’incidence au VIH.

03/02/2017
VIH & travail sexuel: une nouvelle étude parue dans The Lancet confirme l’impact négatif de la pénalisation

 Les prévalences vont de 0,1% parmi les travailleuses du sexe en République Tchèque à 22% en Lituanie. Il en ressort que les 10 pays qui criminalisent le plus le travail sexuel ont 8 fois plus de prévalence au VIH (environ 4%) que les 17 pays où la vente de services sexuels est légale (environ 0,5%).

Parmi ces 17 pays, des législations sont néanmoins différentes puisque la plupart criminalisent le travail en intérieur, les parties tierces, et que deux pays pénalisent les clients (Norvège et Suède). La France depuis pénalise les clients mais pas au moment où les données de ce pays sont prises en compte. Enfin, l’Allemagne dont la loi fédérale ne pénalise aucun aspect du travail sexuel (établissements, parties tierces et clients inclus) a parmi les meilleurs résultats. Malheureusement, n’étant pas un pays européen, l’exemple de la Nouvelle-Zélande n’est pas pris en compte alors qu’elle décriminalise entièrement le travail sexuel sans réglementation coercitive comme c’est le cas en Allemagne.

L’étude établit que « quand on compare la Suède et la Norvège avec l’Allemagne (un pays qui légalise aussi l’organisation du travail sexuel), nous trouvons que la prévalence VIH est plus basse en Allemagne que dans les pays nordiques ; bien que le nombre d’observations soit faible » ; et elle en conclut que « les pays qui ont légalisé certains aspects du travail sexuel ont moins de travailleuses du sexe vivant avec le VIH. En fait, les pays qui permettent l’achat, la vente, et l’organisation du travail sexuel semblent avoir la plus basse prévalence au VIH parmi les travailleuses du sexe ».

Ces nouvelles informations confirment les données des études compilées par la Haute Autorité en Santé en 2016,[2] notamment quand celle-ci affirmait qu’ « il est envisageable que les politiques de pénalisation puissent être défavorables à la santé des personnes. Des données canadiennes permettent d’identifier de façon indirecte d’éventuels effets délétères de politiques de pénalisation des clients : il semble en effet que le déplacement des personnes dans des zones isolées et le caractère clandestin des échanges entre les personnes en situation de prostitution/tds et les clients accroissent la difficulté des premières à négocier des rapports sexuels protégés et accroissent le risque de violences».

Tandis qu’en Corée du Sud, des chercheurs ont trouvé un lien de corrélation entre les lois de pénalisation des clients et une augmentation des infections aux IST,[3] en Nouvelle Galles du Sud, Australie, aucun cas de transmission VIH n’a été répertorié depuis que le travail sexuel y a été dépénalisé en 1995.[4] L’étude Shannon et al[5] de 2014 estime que la dépénalisation du travail sexuel contribuerait à une baisse des infections VIH dans cette population de 33 à 46% en une décennie.

Depuis la pénalisation des clients en France, nous observons également une précarisation et une mobilité accrue. Cela conduit certaines travailleurSEs du sexe à accepter des rapports sexuels sans préservatifs avec leurs clients, mais aussi à des interruptions de traitements ARV ou PrEP lorsqu’elles doivent se déplacer loin de chez elles sur une plus longue période. Les démarches administratives de renouvellement de prescriptions de médicaments ou auprès de la sécurité sociale pour leur couverture médicale passent au second plan après le fait de devoir maintenir ses niveaux de revenus.

Le collectif Droits & Prostitution continue donc d’exiger une dépénalisation entière du travail sexuel, incluant la dépénalisation des clients.

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[1] http://www.thelancet.com/journals/lanhiv/article/PIIS2352-3018(16)30217-X/fulltext

[2] http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2016-04/rapport_etat_de_sante_des_personnes_en_situation_de_prostitution_et_des_travailleurs_du_sexe_vf.pdf

[3] Y. Lee & Y. Jung (2009), The Correlation between the New Prostitution Acts and Sexually Transmitted Diseases in Korea, The Korean Journal of Policy Studies

[4] http://kirby.unsw.edu.au/projects/sex-industry-new-south-wales-report-nsw-ministry-health

[5] http://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(14)60931-4/fulltext