Enjeux de société

Petite enfance et parentalité, la contribution du Planning

« Un conditionnement sexuel ne se maintient que si l’on suscite un conditionnement opposé chez l’autre sexe. La supériorité et la force d’un sexe se fondent exclusivement sur l’infériorité et la faiblesse de l’autre. Si le petit garçon ne se considère comme un petit homme qu’à la condition de dominer, il faut inévitablement que quelqu’un accepte d’être dominé. » Bellotti ; 1976. Du côté des petites filles.

Mouvement féministe et d’éducation populaire, Le Planning Familial inscrit son action dans la co-construction d’une société plus juste, fondée sur l’égalité entre les femmes et les hommes, la mixité et la laïcité. Il défend l’idée que chacun a, en soi, la capacité pour accéder à son autonomie, à condition d’avoir accès aux informations et aux moyens nécessaires à cette démarche. Il interpelle donc la société sur ses plus profonds déséquilibres, et pour cela, utilise l’analyse "genrée" comme outil d’analyse de la société, proposant de questionner les constructions sociales du féminin et du masculin.

En effet, on a souvent considéré la mixité comme un fait acquis, comme si le « vivre ensemble » allait de soi. Et pourtant, les représentations et stéréotypes à l’œuvre dans la société sur les rôles masculins et féminins se vivent et se transmettent à la crèche, à l’école, au collège et ailleurs. Travailler à l’apprentissage de l’égalité entre les garçons et les filles est une condition nécessaire pour construire, progressivement, d’autres modèles de comportement, basés sur le respect de l’autre à la fois « semblable et différent ».

Malgré les changements qui ont amené à une transformation de la place des femmes au cours de ces dernières années, être un homme ou une femme aujourd’hui ne donne toujours pas socialement la même place. Ces relations inégalitaires entre masculin et féminin sont le fondement de la domination masculine constatée au travail, dans les instances de pouvoir politique, économique, à la maison dans l’inégalité de partage des tâches domestiques, à travers les statistiques de femmes victimes de violences. La garde des enfants incombe le plus souvent aux femmes. La promotion de la compétition, de la concurrence et de la croissance à tout prix s’appuie sur des « valeurs traditionnellement masculines » laissant de côté les plus précaires au premier rang desquels les femmes. Nous assistons même au développement des idées de différenciation des rôles en lien avec un retour du naturel et à «l’essence des choses » qui renforce le poids du biologique, renvoie à une complémentarité « naturelle » de l’homme et de la femme légitimant ainsi l'ordre social par l'ordre naturel. A cela s’ajoute une évolution très lente du modèle familial, visible à travers le débat actuel autour du « mariage pour tous », et malgré les mobilisations en faveur de l’homoparentalité.

Il y a donc nécessité à agir à la fois sur le développement de lieux d’accueil, de renforcer la formation des professionnels sur les questions de genre et rapports sociaux de sexe et d’agir avec les parents :

Développer le nombre de places tout en veillant à la qualité de l’accueil du jeune enfant et de sa famille, condition nécessaire pour l’autonomie des femmes et l’égalité professionnelle.

  • Développer le nombre de places d’accueil de la petite enfance sur tous les territoires, accessibles à toutes les familles, quelle que soit la situation professionnelle et sociale des parents, favorisant un véritable choix pour les parents en fonction de leurs besoins : ils doivent permettre aux femmes comme aux hommes d’articuler vie professionnelle, vie sociale et vie familiale et en prenant en compte la diversité des emplois. Une petite moitié des enfants de moins de 3 ans bénéficient d’un mode de garde aidé par la collectivité, en individuel ou en collectif, un peu moins d’un tiers sont gardés par un des deux parents en congé parental, et ce parent est très majoritairement la mère, avec les effets pervers de ce congé parental pour les femmes les moins diplômées et en situation d’emploi précaire, et environ 10% ne trouvent pas de mode d’accueil satisfaisant. 25% des mères, souvent parmi les plus fragiles, abandonnent leur emploi par défaut de garde[1]. D’où la nécessité de travailler à des modes de garde complémentaires, prenant en compte les horaires atypiques, et les questions de mobilité et de proximité.
  • Développer des lieux d’accueil de qualité pour tous les enfants, favorisant la mixité sociale. Il est important de ne pas créer une dualisation de la société française entre « riches » et « pauvres ». Les lieux d’accueil de la petite enfance se doivent d’intégrer dans leur projet une éducation non sexiste dès le plus jeune âge, de façon à « faire en sorte que chaque individu qui naît ait la même possibilité de se développer de la façon qui lui convient le mieux, indépendamment du sexe auquel il appartient » (Belotti, 1976. Du côté des petites filles). Il est important qu’ils soient aussi des lieux ressources pour les parents, ouverts à la diversité des familles, dans une démarche constructive de participation, de soutien des initiatives citoyennes et des modes d’organisation collectives des parents.

Toute démarche d’éducation à l’égalité doit intégrer, quel que soit l’âge, l'apprentissage du respect mutuel, l'égalité entre les filles et les garçons et l'acceptation des différences.  Dans cette démarche, promouvoir l’égalité entre les filles et les garçons, entre les femmes et les hommes c’est agir en prévention contre les violences sexistes, sexuelles, et contre toutes les formes de violences liées au genre.

  • Promouvoir des relations égalitaires, c’est travailler avec tous les acteurs de la petite enfance, professionnels et parents, sur une pédagogie de l’égalité et de la diversité, pour questionner  les rôles masculins/féminins construits  socialement dès le plus jeune âge, déconstruire les stérotypes de sexe, accueillir toutes les formes de famille. Il est nécessaire d’inscrire clairement cette dimension dans la formation de touTEs les professionnelLEs de la petite enfance et de l’enfance, et de l’éducation en général, à tous les niveaux de qualification. Et de soutenir les projets qui permettront de déconstruire les stéréotypes de sexe à travers les différents supports culturels et ludiques: littérature de jeunesse, jeux, etc.

« Le livre, on le sait, est un des médias privilégiés par les adultes pour éveiller les enfants et leur transmettre des valeurs et un patrimoine culturel. Le projet consiste à créer des séquences d’animation utilisant des livres pour enfants afin de sensibiliser les parents et les membres de la communauté éducative aux stéréotypes qui limitent le développement du potentiel des filles et des garçons en les enfermant dans des rôles de sexe. Il s’agit de développer des attitudes non sexistes et de tolérance à la diversité culturelle parmi les adultes et les enfants. » CORIF Nord Pas de Calais

Promouvoir l’égalité entre toutes les familles et prendre en compte les différentes formes de parentalité : 

Cela nécessite de reconnaître sans stigmatiser les différentes formes de familles. Aux trajectoires familiales multiples, correspondent des places et des rôles parentaux diversifiés,  de nouvelles formes de conjugalité et de vie familiale, ce qui contribue à faire de la parenté une notion plus complexe à appréhender, distinguant le conjugal du parental et donc, la conjugalité de la parentalité. En matière de droit, et aussi au niveau des professionnels de l’accueil des enfants, il est urgent de prendre en compte ces nouvelles formes de parentalité, et notamment dans la reconnaissance de la place des tiers qui concourent activement à l’éducation de l’enfant, qu’il vive dans une famille recomposée, monoparentale, homoparentale...

La notion de parentalité peut être utilisée pour désigner les responsabilités qui échoient aux parents et particulièrement pour stigmatiser l’effondrement du rôle des parents dans la socialisation des enfants et peut devenir ainsi un instrument du contrôle social des familles: de fait, le débat public sur la parentalité est souvent largement occupé par la mise en cause des défaillances des parents, rendus responsables de nombre de problèmes sociaux. Or, la parentalité est un processus en construction. De ce fait, nul n’est totalement ignorant en ce domaine. Mais nul n’est totalement expert non plus.

L’enjeu consiste alors à reconnaître les compétences et limites de chacun, et à réussir à se rencontrer pour penser et agir ensemble en acceptant de prendre les risques que la confiance et le respect mutuel autorisent.

Les situations individuelles et collectives ne peuvent être efficacement transformées, dans l’intérêt des populations qui connaissent notamment des difficultés, que si l’on s’attaque, dans le même temps, aux différentes dimensions de la réalité sociale : la vie économique, la vie culturelle et la vie sociale, comprise très largement. Il y va d’une intervention complexe qui ne s’arrête pas au traitement des situations d’inadaptation ou aux symptômes de l’exclusion, mais s’efforce de travailler sur les causes profondes.

 


[1] Livre blanc Collectif 59-62 mars 2010 Accueillir, accompagner les jeunes enfants, un projet de société (Nord Pas de Calais)