Après trente ans d'expérience en matière d'éducation sexuelle, avec ses échecs et ses réussites, le Mouvement français pour le planning familial propose quelques réflexions sur l'information et l'éducation sexuelles.
L'enfant parvenu à l'âge scolaire a eu, déjà,
une approche de la sexualité dont il porte l'empreinte. Dès
les premiers mois, il a pris conscience de son propre corps. Son entourage,
par son comportement et ses attitudes avec lui et entre adultes, a marqué
son développement affectif. L'attente, puis la venue d'autres enfants
proches ont éveillé son besoin de savoir. Enfin il n'a pu échapper
aux divers messages véhiculés par la publicité, les média
...
La possibilité d'accéder, pour les mineures, à la contraception
dans les centres de planification sans l'autorisation de leurs parents, l'abaissement
de l'âge de la majorité sont des signes de la reconnaissance,
par la société, de la sexualité des jeunes.
La mixité dans toutes les activités scolaires et ailleurs a
peu à peu entraîné une évolution dans les relations
entre filles et garçons.
Est-ce que, pour autant, parler sexualité est devenue chose courante
et aisée? Aborder ces questions dans le flou ou la gauloiserie, comme
il est courant, montre la difficulté à les intégrer à
la vie quotidienne.
Quelles craintes demeurent de nommer les choses, dire les mots justes et précis,
discuter et expliquer !
Quels dangers si les enfants expriment leur plaisir ou leur déplaisir
!
Un peu d'histoire
L'histoire de l'éducation sexuelle en France suit, en général, celle des pays européens occidentaux : son orientation oscille entre la rigidité de pays comme l'Espagne et l'Italie et le libéralisme hygiéniste des pays scandinaves ou anglo-saxons. Comme exemple, on peut citer la résistance à diffuser largement les adresses des centres de planification et remarquer, dans le même temps, le côté normatif et hygiéniste de la campagne contre le sida. Et, simultanément, circule plus ou moins ouvertement toute la production pornographique que les plus jeunes ont tendance à prendre à la lettre comme modèle des rapports sexuels et, par confusion, de la sexualité en général.
En fait, l'éducation sexuelle en France a été plutôt
répressive jusqu'à la première guerre mondiale. La loi
de 1920 a totalement verrouillé toute information.
Entre les deux guerres, les découvertes de Freud sur l'importance
de la sexualité dans la vie des individus et sur les effets de la répression
en ce domaine ont suscité des réactions appelant une évolution
des valeurs et des moeurs.
En 1967,ce n'est qu'après le vote de la loi autorisant la contraception
en France, et les événements de 1968 que le problème
de l'éducation sexuelle va se poser de façon plus impérative.
En juillet 1973, après la création du Conseil supérieur
de l'information sexuelle, de la régulation des naissances et de l'éducation
familiale (CSIS), paraît la "circulaire Fontanet" (ministre
de l'Éducation nationale) qui définit les grandes lignes de
l'information et de l'éducation sexuelles en milieu scolaire.
Elle dissocie complètement information et éducation.
En 1981, elle sera complétée par une note de ser vice
du ministre de l'époque, Alain Savary, relative à l'information
sur la contraception, puis, en 1985, par la "circulaire Chevènement"
introduisant l'éducation sexuelle dans le primaire.
L'information sexuelle et l'éducation sexuelle
L'information sexuelle désigne le plus souvent la communication
de connaissances sur la sexualité, qu'elles se limitent ou non à
ses aspects biologiques et anatomiques.
On peut définir l'éducation sexuelle, dans le sens le plus restreint,
comme une suite d'interventions délibérées et systématiques,
ayant des intentions plus ou moins explicites.
Par exemple, aborder l'éducation sexuelle uniquement sous l'angle de
la reproduction, parfois en omettant de parler du rapport sexuel, manifeste
un choix délibéré de laisser dans l'ombre les thèmes
qui importent le plus aux jeunes et de répondre à leurs préoccupations.
L'éducation sexuelle peut aussi être prise dans son sens
le plus large, c'est-à-dire comme faisant partie intégrante
de l'action éducative globale. Quoi qu'il en soit, l'information sexuelle
- ou l'éducation sexuelle se trouve confrontée aux expectatives,
aux contraintes et aux difficultés inhérentes à toute
forme d'éducation. Elle affronte le même dilemme : I'espoir de
préserver les valeurs morales et les normes en vigueur, et celui de
développer l'aptitude des jeunes à s'orienter dans un monde
en pleine évolution des moeurs, où les modèles moraux
figés ne correspondent plus aux attitudes et aux comportements.
Le rôle de l'école dans ce domaine se manifeste dans ses structures formelles et informelles. La mixité, dans toutes les activités scolaires, reflète une prise de position à l'égard de la sexualité; n'est pas synonyme de licence. Liberté sexuelle n'est pas immoralité. Plus de lucidité ne nuit pas à l'amour. "
On doit aussi attirer l'attention sur la nature et l'importance de la
dynamique qui se développe à partir de relations interpersonnelles
et de groupes, dans l'élaboration, la transmission et la préservation
des normes et des valeurs.
Les échanges d'informations entre camarades, la diversité des
attitudes, la nature des relations adultes/jeunes contribuent à l'éducation
sexuelle.
Mais, encore actuellement, la sexualité n'est pas un sujet dont on
parle aisément. Eduquants et éduqués sont chacun personnellement
concernés, chacun est sensible à l'aura de culpabilité
et d'interdits qui entoure la sexualité.
La nécessité d'une information et d'une éducation
sexuelles ne fait plus de doute. Elle est officiellement acceptée
à l'école et c'est important. Cela ne veut pas dire que tout
doit revenir à l'école mais aussi dans les lieux où enfants
et adultes se rencontrent et dans la famille.
La réalisation de cette éducation ne peut être le résultat
d'un seul individu ni d'une seule équipe. Elle n'est possible que par
l'action commune de toutes celles et de tous ceux, différents par leur
culture, leur profession, leur statut social, leur religion, leurs options
politiques, qui, se sentant acteurs dans la société où
ils vivent, décident d'assumer leur responsabilité.