Mouvement féministe et d'éducation populaire, le MFPF lutte pour créer les conditions d'une sexualité vécue dans le respect des personnes, de leurs choix et de leurs décisions. C'est pourquoi le MFPF inscrit dans ses objectifs (art.I.6) la "lutte contre l'oppression spécifique des femmes, contre toutes formes de discriminations et de violences, notamment sexuelles, dont elles sont l'objet".
Les permanences ouvertes par le MFPF dès 1961 ont été les premiers lieux d'écoute des femmes permettant de mettre à jour les besoins de la population dans le domaine de la sexualité. Pendant plus de 20 ans, tous les efforts du Planning ont été investis dans l'action et le combat pour que le droit et l'accès à la contraception et à l'avortement soient une réalité pour toutes et tous.
Même si tout n'est pas gagné aujourd'hui, l'amélioration
de la situation nous a permis depuis les votes des lois contraception et avortement,
d'affiner notre écoute ; de plus en plus fréquemment ont émergé
les violences subies par les femmes.
Un débat et une réflexion se sont développés dans
le mouvement et différentes actions ont été menées
en particulier dans les domaines suivants :
· La prostitution
Comme chaque fois que des femmes sont en lutte contre leur oppression, le
MFPF est engagé à leur côté pour leur donner les
moyens de mener cette lutte; ce fut le cas de notre soutien des prostituées
en 1975. Par ailleurs, lors de la conférence de Pékin, nous
nous sommes élevées contre la distinction faite par l'ensemble
des pays, et acceptée par l'Europe, entre prostitution "forcée"
et prostitution "libre" - ce n'était pas officiellement la
position du gouvernement français, mais aucune réserve n'a été
faite. L' analyse du caractère sexiste de notre société
nous conduit à penser qu'il ne peut exister de prostitution "libre".
· Les mutilations génitales féminines
En 1979, l'OMS organise un séminaire à Khartoum sur "les
pratiques traditionnelles affectant la santé des femmes et des enfants".
Le MFPF prend, pour la première fois, officiellement position contre
ces pratiques. Mais il faudra attendre le décès d'une fillette
de 3 mois (l'affaire Bobo en 1982 qui a ému l'opinion publique), suivi
de deux autres décès de petites filles (affaire Baradji en 1983)
pour qu'en France une commission interministérielle se mette en place.
Pendant longtemps, les juges s'en sont tenus au "droit à la différence"
et au "respect des cultures" souvent savamment expliquées
par des ethnologues prêts à en démontrer "l'utilité
sociale". Le planning contribuera à dénoncer ces pratiques
et à les faire reconnaître comme des mutilations tombant sous
l'article 312 du code pénal ; et ceci en solidarité avec les
femmes africaines en lutte contre ces pratiques.
· Les violences conjugales
A partir de 1980, plusieurs équipes départementales créent
des lieux d'accueil pour les femmes battues, soit dans l'association elle-même,
comme à Villeneuve sur Lot, soit à partir d'une association
spécifique, comme dans le Val d'Oise, les Pyrénées Atlantiques,
l'Hérault, Paris... En 1989 une campagne, initiée par le Secrétariat
des Droits des Femmes, permettra de révéler que ces violences
concernent 2 millions de foyers, et se retrouvent dans tous les milieux sociaux.
· Le viol
Le Planning, dès le début des années 1970, avait été
appelé à témoigner dans des procès de viol et
a pris une part active pour qu'une loi, criminalisant et donnant une définition
plus proche de la réalité de cette agression, soit votée.
Ce qui a été fait en 1980. Le Planning continue à accueillir
et à accompagner dans leur procès de nombreuses femmes victimes
de viol, intra ou extra-familial, et a été à l'initiative
de l'ouverture de la permanence téléphonique en 1985 de "Viol,
Femme, information", devenu depuis "Collectif Féministe contre
le Viol". Dès les premiers appels, nous avons nous-mêmes
été surprises par leur nombre. Femmes parlant de violences actuelles,
certes, mais aussi très anciennes, appels de femmes de plus de 70 ans
parlant pour la première fois d'inceste subi dans leur enfance... c'est
ainsi que nous avons pleinement perçu l'ampleur des conséquences
des violences sexuelles à l'égard des enfants.
Actions d'éducation et de prévention
Si le Planning agit fortement dans le domaine de la dénonciation, il s'implique surtout dans le domaine de l'éducation et de la prévention.
C'est dès 1980 que nous intervenons dans des stages destinés
à sensibiliser la police à l'accueil des femmes victimes de
viol et/ou violences conjugales. Connaissant notre investissement dans ce
domaine, le ministère des affaires sociales invite le Mouvement à
siéger dans une commission dont l'objectif est d'élaborer une
pédagogie de sensibilisation des adulles aux violences sexuelles, et
de prévention en direction des enfants.
En 1986 et 1987, deux départements pilote (Isère et Seine St
Denis) expérimentent une forme de sensibilisation, avec projection
vidéo, renforçant la capacité d'auto protection des enfants
par l'information et le débat ; expérience dans laquelle s'est
particulièrement investie notre association de
la Seine St-Denis.
A l'analyse du bilan, un groupe de travail dont nous faisons partie prépare,
au Secrétariat à la Famille, l'extension de ces actions sur
l'ensemble de la France.
Il faut noter cependant, qu'appeler campagne de prévention une action
en direction des enfants, victimes potentielles, nous a toujours un peu gênées.
Nous y voyons une incapacité sociale à s'adresser aux responsables
de faits délictueux et/ou criminels, et redoutons que l'entraînement
à "dire non" ne renforce la culpabilité des enfants
qui se sentent toujours coupables d'avoir été exploités
sexuellement (comme se sentent responsables de l'agression les adultes victimes
de viol) ; ou plutôt responsables d'être exploités même
s'ils ont dit non! (n'auraient-ils pas vraiment su dire non?).
Une de nos préoccupations, pour toutes nos actions de terrain, est
donc de ne pas faire peser sur les enfants une nouvelle forme de responsabilité.
Actuellement, le MFPF élabore une politique et une pédagogie
de prévention des comportements sexistes.
Ceci fait suite à l'analyse de notre dernier congrès:
"Dans notre société où, quelque soit la législation
en vigueur, la loi du plus fort est implicitement valorisée, s'approprier
le corps d'une femme, attenter à son identité est encore très
largement toléré. Le caractère sexiste de notre société
explique que, dans le cadre de son parcours individuel, un homme puise trouver
dans cette forme de violence le moyen de sa propre valorisation. Nommer ces
violences, désigner leurs auteurs, c'est permettre aux victimes de
sortir de la culpabilité et du silence qui leur sont imposés".