Le MFPF est membre de l'IPPF depuis 1958. Celle-ci, qui oeuvre dans le domaine de la planification familiale, est la plus importante organisation internationale non gouvernementale (ONG) : elle fédère quelque 130 associations dans le monde.
Elle a pour but d'améliorer la qualité de la vie et d'intégrer la planification familiale aux programmes de développement qui visent à faire participer les femmes aux prises de décision à tous les niveaux et à leur donner les moyens d'accéder à leur autonomie.
En lien plus ou moins étroit avec l'IPPF, le MFPF a essentiellement développé ces dernières années un travail en direction de la Roumanie et de la Pologne où, par une réflexion en commun avec des groupes de femmes et des professionnelles ainsi que par des actions de formation, nous avons aidé à la mise en place d'associations de planification familiale. Nous avons effectué des actions de sensibilisation aux questions de sexualité auprès d'équipes pluridisciplinaires et avons accueilli dans nos centres plusieurs stagiaires de ces pays.
En France, nous avons co-organisé avec l'IPPF, en 1989, un colloque international sur les avortements tardifs.
Fin 1992, nous avons participé à un colloque à Francfort, sur l'utilisation du RU 486, organisé par l'IPPF et l'OMS. À cette occasion nous avons, avec l'ANCIC (Association nationale des centres d'interruption de grossesse et de contraception), élaboré un film sur l'utilisation et le vécu du RU 486, film disponible en versions française et anglaise.
Nous avons facilité l'information des Parlementaires européens sur les questions de population en faisant connaître les positions de l'IPPF.
LE MFPF ET LA SOLIDARITÉ INTERNATIONALE
Ces dernières années, l'internationalisation des questions concernant la défense des droits des femmes a amené le MFPF à développer ses activités, bien au-delà de sa collaboration avec l'IPPF, dans une optique féministe et toujours politique. Le MFPF n'est pas une association humanitaire : son objectif, au travers de toutes ses actions de solidarité internationale, est de favoriser une plus grande autonomie des femmes et la reconnaissance de leurs droits.
Dans ce sens nous avons développé des actions
en Afrique
- au Burkina Fasso, en 1986, nous avons participé à la formation
de personnels para-médicaux.
- au Zaïre, nous avons sensibilisé des travailleurs sociaux et
des leaders d'opinion aux questions de sexualité afin d'aboutir à
la mise en place de structures de planification familiale.
- en Algérie, un projet avec les femmes de la région de Tisi
Ouzou est en cours d'élaboration.
- dans les pays de l'Est: formation des personnels médicaux , sociaux
et de l'enseignement.
- en Pologne: Varsovie, Postnam, Lodz, Worclav.
- en Russie Moscou, St Petersbourg, Samara, Ekaterinbourg.
- et nous avons participé à une mission de mise en place des
accords signés entre les gouvernements français et Indonésiens
pour une formation au Viet-Nam et au Laos.
La lutte pour le droit à la contraception et à l'avortement a focalisé une partie importante de nos énergies. Avec d'autres organisations et syndicats nous avons mis en place des campagnes de soutien aux femmes polonaises et irlandaises (pétitions, collectes pour l'achat de contraceptifs, envois de cartes postales aux députés polonais...).
L'organisation du colloque "Europe et Elles" en janvier 1991 a été le point de départ d'une sensibilisation large sur la remise en cause du droit à l'avortement en Europe, comme notre engagement dans la construction de l'ENWRAC (European Network of Women for the Right to Abortion and Contraception) depuis 1988. Nous serons co-organisatrice de la prochaine conférence qui aura lieu en France en mars 1994. Ce réseau se renforce aux cours des années. Il représente un instrument fondamental pour la construction d'une force féministe européenne, pour la coordination d'actions et l'avancée des droits des femmes. Nous entretenons des liens étroits avec de nombreux groupes féministes en Argentine, en Uruguay, au Mali, en Algérie, en Roumanie, en Hollande, aux USA, au Canada...
Nous avons participé au Forum mondial de Rio, en juin 1992 , à la Conférence sur la Population du Caire en 1994, où nous faisions partie de la délégation gouvernementale, et , après une préparation active dans les groupes de travail organisés par le gouvernement, une présence à Vienne et à New-york, nous étions aussi à Pékin en septembre 1995 pour la IVème conférence des femmes. La question des femmes est au coeur des questions de développement : "Féminisme et Population-Environnement" est un axe de travail et de lutte que nous serons amenées à développer dans les années à venir.Il sera important, dès les prochains mois, d'agir plus systématiquement auprès des institutions européennes, dans une optique d'évolution des textes législatifs internationaux.
En conclusion
Cette présentation des activités internationales
du MFPF n'est pas exhaustive, mais sa richesse souligne bien
la nécessité d'une internationalisation des
actions pour une avancée réelle vers l'autonomie
des femmes et la prise en compte d'un féminisme global.
synthese du séminaire organisé par le mfpf
et la cadac :
« Droits sexuels et reproductifs : refuser
le nivellement par le bas »
Principaux thèmes et enjeux de la session :
Le droit à l'avortement et à la contraception est la clé de voûte de l'autonomie des femmes. Il conditionne la possibilité, pour chaque femme, d'exercer pleinement ses autres droits. C'est la lutte déterminée des femmes qui a permis de faire reconnaître en Europe le droit des femmes de disposer de leur corps et de remettre ainsi en cause un des fondements du pouvoir patriarcal. Ce droit fondamental de disposer de son corps n'est cependant ni garanti dans tous les pays européens, ni reconnu à l'ensemble des femmes. De plus, dans les pays où il est reconnu, il existe des risques de régressions.
Un droit qui n'est pas garanti dans tous les pays européens :
Le droit à l'avortement, droit le plus emblématique
de la liberté de disposer de son corps, n'est toujours
pas reconnu dans plusieurs pays: Irlande, Portugal, Pologne,
Malte.
Irlande : la protection de l'embryon est inscrite dans
la constitution et l'avortement n'est autorisé que
si la femme peut prouver que sa vie est en danger. Les liens
étroits entre patriarcat et pouvoir religieux ont permis
de bloquer toute libéralisation de l'avortement. Pourtant,
le taux d'avortement est d'environ 10%, taux supérieur
à la moyenne européenne. Il y a une énorme
hypocrisie car le problème de l'avortement est en fait
exporté : sept mille femmes par an partent avorter
à l'étranger. Seules celles qui ont les moyens
financiers peuvent donc accéder à l'avortement.
Portugal : l'avortement est puni par la loi sauf exceptions.
Même ces exceptions sont peu appliquées par les
médecins qui ont recours à la clause de conscience.
Pourtant, environ 20.000 avortements par an sont pratiqués.
En 1998, le parlement a adopté à une faible
majorité un assouplissement de la loi, qui a été
rejeté ensuite lors d'un référendum.
L'Eglise et les mouvements anti-avortement ont été
très actifs pour mobiliser en faveur du non, alors
que la gauche s'est faiblement mobilisée. La question
de l'avortement est au c½ur des débats qui divisent
les partis. L'église catholique joue de ces divisions
pour asseoir son pouvoir peu remis en question par la société.
Un parti politique tente actuellement de faire passer une
loi donnant le statut de personne à l'embryon.
Un droit qui n'est pas reconnu à l'ensemble des femmes :
Les droits sexuels et reproductifs de certaines catégories
de femmes ne sont pas respectés. Ces discriminations
touchent particulièrement les femmes de groupes minoritaires
(minorités ethniques, immigrées, lesbiennes?)
et les femmes marginalisées socialement ou économiquement.
Slovaquie : les femmes de la communauté Rom subissent
des stérilisations forcées. Malgré une
loi de 1972 qui précise que c'est à la femme
d'en faire la demande, de nombreux médecins pratiquent
de façon excessive des stérilisations. Celles-ci
ont lieu sans que les femmes soient clairement informées,
voire même sans leur consentement. Face à la
pression des mouvements de femmes, le gouvernement slovaque
a dû prendre la mesure de ce phénomène
et envisage de revoir la loi de 1972 afin de limiter les pratiques
de stérilisation forcée.
Les lesbiennes rencontrent beaucoup de difficulté à
faire reconnaître leur droit à la maternité.
De ce fait, elles ont difficilement accès aux méthodes
de procréation médicalement assistée
(PMA) et à l'adoption. En Italie, un projet de loi
vise délibérément à limiter l'accès
des femmes aux PMA.
En matière de PMA, d'autres questions se posent :
problème de l'instrumentalisation du corps des femmes
pour répondre aux problèmes d'infertilité
des hommes, manque d'informations données aux femmes
voulant recourir à une PMA, manque d'information sur
les taux de réussite des méthodes lourdes, risque
de marchandisation du corps des femmes face à la question
de l'accès aux ovocytes, absence de parité Homme/Femme
dans les instance de décision (comité d'éthique,
instances de recherche?).
Un droit soumis à des risques de régression :
Retour de l'ordre moral et de l'influence renforcée
des Eglises dans l'espace public. De ce fait, les droits sexuels
et reproductifs deviennent un enjeu politique important.
Au niveau international : les positions anti-avortement
du président Bush, sa promotion de l'abstinence, ses
alliances objectives avec des pays intégristes, la
mobilisation particulière du Vatican contre l'avortement
et les préservatifs constituent un fort mouvement de
remise en question des acquis en matière de droits
sexuels, et de droits des femmes. En matière de bioéthique,
une grande vigilance devrait être portée aux
tentatives du Vatican de faire reconnaître à
l'embryon le statut juridique de personne (statut qui aboutirait
à remettre en question le droit à l'avortement,
à interdire la recherche sur les embryons?).
Au niveau européen : l'arrivée au pouvoir
de partis conservateurs au niveau national, les stratégies
coordonnées des mouvements anti-choix (contre l'avortement,
la contraception, l'euthanasie etc?) pour empêcher le
Parlement européen de faire avancer les droits sexuels,
l'entrée de nouveaux pays ayant des lois contre l'avortement
dans l'Union européenne vont contribuer à modifier
les rapports de force au sein de l'UE et constituent un mouvement
porteur de risques de régression.
En Pologne, le droit à l'avortement a été
garanti pendant plusieurs décennies. Ce n'est qu'après
la chute du mur de Berlin qu'une loi très restrictive
a été adoptée (1993). A cette loi s'ajoute
le refus des médecins de pratiquer des avortements
dans les hôpitaux publics. Pourtant, environ 200.000
avortements par an sont pratiqués, surtout dans des
cliniques privées au plus grand bénéfice
financier des médecins. L'église catholique
s'est particulièrement mobilisée pour éviter
toute réforme et a obtenu l'engagement du président
de la République de maintenir la loi actuelle.
Propositions d'action
- construction ou renforcement d'alliances entre différents
réseaux
- organisation de mobilisations régionales, au niveau
européen, pour mettre en place des réponses
coordonnées aux mouvements anti-choix et faire pression
sur le Parlement européen afin qu'il s'implique plus
sur la question de l'avortement
- prise en compte d'autres enjeux que ceux liés à
l'avortement ( problème de la promotion de l'abstinence,
revendications des lesbiennes, VIH/SIDA, liens avec les enjeux
économiques?)
- renforcement de l'implication des jeunes et des hommes dans
la défense des droits sexuels
- contribution à une meilleure prise en compte des
problématiques « femmes » au
sein du FSE. Seuls 5 plénières et 12 séminaires
du FSE Paris/St Denis traitaient de ces questions. Nous ne
pourrons obtenir cet « autre monde »
que nous voulons sans le respect du droit fondamental des
femmes de disposer de leur corps et sans travailler activement
à un changement des relations entre hommes et femmes.
Mise en oeuvre des actions proposees
- organisations au niveau européen premier semestre
2004 de réunions de concertation en vue de la construction
et/ou du renforcement d'alliance entre différents mouvements
de femmes
- organisation au Parlement européen, suite aux élections
européennes de 2004, d'un « tribunal »
sur les conditions des femmes sur le terrain de l'avortement
- organisations de forums sur les droits des femmes dans les
pays européens où la situation est la plus critique
- mise en place d'une cellule de veille relative à
tous types de tentatives de donner à l'embryon et au
foetus le statut juridique de personne