questions de sexualité
Contraception
Les préservatifs

Synthèse de la recherche sur le préservatif féminin -- Fiche nº 3

Peut-on réutiliser le préservatif féminin ?

Le préservatif féminin est bien plus cher que le préservatif masculin. Comme ce dernier, il n'est aujourd'hui approuvé que pour un usage unique. Mais si la femme pouvait le réutiliser sans danger, son coût moyen chuterait, même si son prix unitaire demeure inchangé. Si les conditions d'un réemploi sans risques étaient établies, l'usage du préservatif féminin se répandrait sans doute dans les régions du monde aux ressources limitées. Bien que la réutilisation soit actuellement déconseillée, cette pratique a pourtant été signalée dans plusieurs pays.
Un groupe d'experts consultés par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et par le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA) a conclu en juin 2000 que les données existantes étaient insuffisantes pour se prononcer sur les conditions d'une réutilisation sans danger. Au vu des risques potentiels liés au lavage et au réemploi, ces experts ont recommandé que tout préservatif féminin soit désinfecté avant d'être lavé. Un protocole de désinfection, de lavage, de séchage, de stockage et de nouvelle lubrification du préservatif a bien été arrêté, mais il ne s'agit que d'une version préliminaire qui est en cours d'examen.

Résistance du préservatif

Divers travaux ont montré que le préservatif féminin ne se détériore pas en cas d'emploi et de lavage répétés. Selon une étude réalisée par FHI, ses caractéristiques se maintiennent après un rapport sexuel comme après 10 lavages avec ou sans désinfection à l'eau de javel, et elles demeurent bien supérieures aux spécifications du fabricant. Quatre essais en laboratoire (résistance à la traction des joints, imperméabilité à l'eau, résistance à l'air pressurisé et résistance à la propagation des déchirures) ont permis de comparer des préservatifs utilisés à des préservatifs neufs. Plus de 300 spécimens ont subi un lavage après un acte sexuel et quelque 1 000 spécimens ont été soumis aux seuls lavages. Par lavage, il faut entendre ici un nettoyage au savon doux et à l'eau tiède, suivi d'un rinçage, puis d'un séchage des deux faces du préservatif par tamponnage avec une serviette de toilette.
Des chercheurs de la RHRU (Reproductive Health Research Unit) de l'université de Witwatersrand (Afrique du Sud) ont aussi étudié cette résistance. Ils ont constaté que de multiples lavages en laboratoire n'endommagent pas le préservatif féminin. Ils ont également montré que ce dernier résistait bien à une série de lavages et de séchages en le testant dans des conditions réelles avec des femmes l'utilisant jusqu'à sept fois. Si le préservatif se révélait intact après un premier rapport sexuel et un premier lavage, la femme pouvait passer à un second préservatif à utiliser et à laver deux fois de suite ; si ce dernier résistait bien après deux lavages, la femme passait ensuite à un troisième préservatif à employer trois fois, ... L'étude n'a pas inclus d'étape de désinfection. Tous les préservatifs utilisés ont ensuite subi sans problème les tests de résistance à la traction des joints et de résistance à l'air pressurisé normalisés par la FDA (U.S. Food and Drug Administration). Si cinq perforations ont au total été détectées sur l'ensemble des cycles (dont trois par les sujets eux-mêmes), ces défauts étaient sans rapport avec la fréquence des actes sexuels ou des lavages.
Selon le protocole préliminaire établi par les experts consultés par l'OMS et l'ONUSIDA, une désinfection s'impose avant chaque lavage. L'OMS a par ailleurs financé une étude sur la résistance du préservatif féminin à des désinfections (eau de javel) et à des lavages répétés ; ses premiers résultats indiquent que les caractéristiques physiques du contraceptif ne sont pas diminuées après sept cycles successifs. Les résultats définitifs devraient être publiés en 2001.

Risques éventuels et réinfections

Les résultats préliminaires d'une autre étude en cours conduite par FHI montrent que désinfections et lavages multiples du préservatif féminin n'ont pas d'effet nocif sur le tissu vaginal, sur le col utérin ou sur le pénis. Cette étude doit comparer 40 couples devant utiliser un nouveau préservatif à chaque rapport (5 au total) et 40 couples devant réutiliser cinq fois le même préservatif, dans les deux cas avec un intervalle minimal de 12 heures entre les actes sexuels. Une colposcopie cervico-vaginale est pratiquée en début et en fin d'étude, pour vérifier si le lavage, la désinfection et la relubrification du préservatif provoquent des lésions ou d'autres modifications susceptibles d'augmenter le risque infectieux chez la femme. Parmi les couples déjà testés, soit presque la moitié, les chercheurs n'ont noté qu'une seule réaction vaginale, et ce dans le premier échantillon, celui utilisant un nouveau préservatif à chaque rapport.
Préalablement à toute recommandation relative à une réutilisation, les chercheurs doivent démontrer qu'il est possible d'éliminer avec une seule désinfection et un seul lavage les pathogènes transmis sexuellement (comme le VIH). L'OMS finance actuellement une étude de laboratoire, qui vise à déterminer les concentrations en eau de javel nécessaires à un réemploi sans risques. Ce travail devrait être achevé en 2001.
Les chercheurs de la RHRU ayant testé jusqu'à sept cycles de réutilisation se sont aussi intéressés à la question de la rétention microbienne par le préservatif féminin, et notamment à celle de deux agents pathogènes, Neisseria gonorrhoeae et Gardnerella vaginalis. La RHRU a conclu que ces germes peuvent être éliminés efficacement par un simple lavage à l'eau et au savon.

FHI a réalisé ces fiches de synthèse dans le cadre d'un effort d'information et avec le soutien de l'Agence des Etats-Unis pour le développement international (Office du développement durable du Bureau pour l'Afrique).

REFERENCES

1. Smith JB, Nkhama G, Sebastian P, et al.
Qualitative Research on Female Condom Reuse among Women in Two Developing Countries.
Research Triangle Park, NC: Family Health International, 1999.

2. WHO/UNAIDS.
Information Update: Consultation on Re-use of the Female Condom.
July 2000.

3. Joanis C, Latka, M, Glover LH, et al.
Structural integrity of the female condom after a single use, washing, and disinfection.
Contraception 2000;62(2):63-72.

4. Pettifor AE, Rees HV, Beksinska ME, et al.
In vitro assessment of the structural integrity of the female condom after multiple wash, dry and re-lubrication cycles.
Contraception 2000;61(4):271-76.

5. Beksinska, ME, Rees HV, Dickson-Tetteh, KE, et al.
Structural integrity of the female condom after multiple uses, washing, drying and re-lubrication.
Contraception 2001;63(1):33-36.

6. Rees H, Beksinska ME, Dickson-Tetteh, KE, et al.
The re-use of the female condom in a multi-phased study.
Technical Report to WHO Consultation. June 5-7 2000.

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