Les violences faites aux femmes dans le monde
« La violation des droits de l’Homme la plus honteuse se caractérise sans doute par la violence à l’égard des femmes. Elle ne connaît pas de clivages géographiques, culturels ou sociaux. Tant que des actes violents continueront d’être perpétrées, nous ne pourrons prétendre à des progrès pour atteindre l’égalité, le développement et la paix » déclarait en 2000 Kofi Annan, secrétaire général des Nations Unis. La violence à l’encontre des femmes est actuellement la violation la plus répandue des droits humains fondamentaux. Le taux et les caractéristiques de la violence fondée sur le sexe sont très analogues d’une culture à l’autre, d’un continent à l’autre. Cette forme de violence est si profondément enracinée dans les cultures du monde entier qu’elle en est presque invisible.
Et pourtant ! Une femmes sur quatre dans le monde serait victime de violences domestiques selon un rapport de la Banque mondiale. La violence domestique est sans doute la forme la plus courante de violence à l’encontre des femmes. Environ 60 millions de femmes qui devraient être vivantes aujourd’hui ont « disparu » en raison de la discrimination sexuelle, essentiellement en Asie et en Afrique du Nord. Plus de 5.000 femmes sont tuées chaque année en Inde parce que leur belle famille estime que leur dot est insuffisante et seule une infime partie des meurtriers sont poursuivis en justice. Dans certains pays du Moyen Orient et d’Amérique latine, les maris sont souvent acquittés du meurtre de leur épouse infidèle ou désobéissante sous couvert de « l’honneur ». Chaque année, environ deux millions de jeunes filles subissent des mutilations sexuelles ; 120.000 à 175.000 femmes d’Europe centrale et orientale seraient victimes de la traite et du trafic d’êtres humains, principalement liés à la prostitution.
Un premier pas dans la prise de conscience internationale des discriminations à l’encontre des femmes a été franchi en 1979 avec l’adoption, à l’ONU, de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’égard des femmes. Cette convention n’a cependant pas pris en compte de manière spécifique la question des violences. Il a fallu attendre le début des années 90 pour que la question des violences à l’encontre des femmes et des filles soit vraiment reconnue par la communauté internationale comme un problème majeur de violation des droits humains fondamentaux. Et cela n’a pu se faire qu’au prix d’une énorme mobilisation des mouvements de femmes à travers le monde.
La reconnaissance de la violence à l’égard des femmes comme une violation des droits humains et l’adoption de mesures juridiques et politiques pour traduire concrètement cette reconnaissance ont , en effet, été les principaux objectifs du mouvement international pour les droits fondamentaux des femmes au début des années 90. L’organisation par des associations du Tribunal de Vienne sur les Violations des Droits Fondamentaux des Femmes en 1993, pendant la deuxième Conférence Mondiale sur les Droits Humains à Vienne, a joué un rôle fondamental dans la prise de conscience de la communauté internationale.
Cette prise de conscience internationale s’est notamment traduite par l’adoption, en 1993, de la Déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes par les Nations Unies et la nomination, en 1994, d’un Rapporteur spécial des Nations Unies sur la violence à l’égard des femmes. En 1995, le Programme d’action de Pékin, adopté lors de la 4ème conférence mondiale sur les femmes, a identifié la violence contre les femmes comme l’un des douze domaines stratégiques requérant une action des gouvernements.
En 2005, l’application du Programme d’action de Pékin par les Etats a été évaluée, dix après son adoption. Un certain nombre de progrès ont été constatés : beaucoup de réformes politiques et juridiques contre les violences sexistes ont été adoptées au niveau national à travers le monde ; des Etats ont criminalisé pour la première fois les actes de violences sexuelles commis par un mari à l’égard de sa femmes ; des campagnes de prévention des violences et de sensibilisation de l’opinion à l’égalité des sexes ont été menées ; des mesures contre la prostitution forcée ont été adoptées ; la scolarisation des fillettes a augmenté et la santé des femmes s’est améliorée dans un certain nombre de pays …
Mais on est encore très loin du compte. Des fossés importants - pour ne pas dire abyssaux - persistent entre les politiques, les lois et la pratique. Les violences intra-familiales sont toujours aussi répandues et trop de violations des droits des femmes restent impunies. La volonté politique fait souvent défaut et de nouveaux problèmes majeurs ont surgi. La traite des femmes et des fillettes par la criminalité organisée a explosée. On estime, à l’ONU, que plus de 700.000 personnes sont chaque année victimes de ce commerce à des fins d’exploitation sexuelle. Les viols et les violences faites aux femmes dans les conflits armés ont considérablement augmenté. L’épidémie de VIH/SIDA s’est très fortement féminisée. En Afrique subsaharienne, 76% des personnes de 15 à 24 ans infectées sont des femmes. La violence et les mauvais traitements font qu’il est souvent impossible pour les femmes de se protéger contre le virus.
On aurait pu penser que l’émancipation croissante des femmes allait contribuer, de manière significative, à réduire les violences à leur encontre. Mais la violence fondée sur le sexe résiste obstinément aux progrès des droits de la femme, y compris dans les pays dits « développés » d’Occident. De graves problèmes de mentalités subsistent. La persistance de comportement sociaux et culturels profondément enracinés continuent d’empêcher les femmes d’avoir accès à la justice, à l’éducation et aux soins de santé, ce qui contribuent à perpétuer toutes les formes de violences dans la famille et la société. Faire cesser cette forme de violence ne peut se limiter à la sanction d’actes individuels. L’enjeu est bien aussi de faire changer les mentalités, quelque soit les continents, pour modifier la perception – si profondément ancré qu’elle en est souvent inconsciente – que les femmes n’ont pas autant de valeur que les hommes. Et cela nécessite une mobilisation de tous et une véritable volonté politique des institutions publiques.