Cher pape Léon,

Votre venue en France intervient à un moment particulièrement symbolique : entre le 26 septembre, Journée mondiale de la contraception, et le 28 septembre, Journée internationale du droit à l’avortement.

À cette occasion, nous, Magdala - association catholique féministe - et le Planning familial, souhaitons vous interpeller sur les positions portées par l’Église catholique concernant la contraception et l’avortement.

Nos associations ont des histoires et des engagements différents, mais nous partageons aujourd’hui la même conviction : aucune institution ne devrait faire obstacle à la liberté des femmes de disposer de leur corps, de choisir leur contraception ou d’interrompre une grossesse. C’est ce qui donne tout son sens à notre prise de parole commune.

Le Catéchisme de l’Église catholique qualifie la contraception « d’intrinsèquement mauvaise »1 et l’avortement de « gravement contraire à la loi morale »2. Votre prédécesseur, le pape François, est allé jusqu’à qualifier les médecins pratiquant des avortements de « tueurs à gages »3, des mots d’une extrême violence.

Pouvoir décider librement d’avoir ou non un enfant, accéder à une contraception adaptée et pouvoir avorter dans de bonnes conditions sont des enjeux essentiels de liberté, de santé et d’égalité. Le choix d'une femme d'avorter doit être un choix libre et responsable, sans qu’elle soit culpabilisée ni exclue. Pour nous, femmes catholiques membres de Magdala, c'est l'attitude de Jésus dans les Évangiles qui nous dicte cette conduite : il n'utilise jamais la Loi pour condamner mais en appelle à la liberté, la responsabilité individuelle et l'amour de l’autre (Jean 8, 1-11 ; Marc 2, 23-28...).

Nous avons été interpellé·es par un passage de votre dernière encyclique : « Il reste encore pourtant beaucoup à faire pour que partout dans le monde les droits d’un grand nombre, à savoir ceux des femmes, soient véritablement garantis de manière égale »4. Vous poursuivez : « Il ne suffit donc pas d’affirmer en paroles que hommes et femmes ont la même dignité et les mêmes droits ; il faut que cela se traduise par des choix concrets, dans des lois, dans l’accès au travail, à l’éducation ».

Nous vous écrivons pour vous demander de joindre le geste à la parole : un choix concret que vous et vous seul pouvez faire pour améliorer les conditions de vie des femmes partout dans le monde est de cesser de condamner le droit à la contraception et à l’avortement.

Les prises de position de l’Église catholique sur ces sujets ne sont pas sans conséquences. Lorsqu’une institution aussi influente condamne la contraception et l’avortement, son discours dépasse le seul cadre de la doctrine religieuse : il contribue à la culpabilisation et à la stigmatisation de celles qui ont recours à ces droits, et peut nourrir les mouvements qui cherchent à les restreindre.

L’association espagnole La Revuelta de las mujeres en la Iglesia vous a interpellé à Madrid en juin dernier, à leur suite Magdala sera présente aux Champs Elysées samedi prochain avec une banderole sur laquelle nous rappelons les paroles de Jésus : « Heureuses celles qui ont soif de justice » (Mt 5, 6).

Nous nous tenons disponibles pour échanger sur le sujet des droits à la santé sexuelle et reproductive, pour construire ensemble un monde plus juste et égalitaire.

Pape Léon, le droit des femmes à disposer de leur corps n’a pas besoin de condamnations : il a besoin que l’Église cesse de lui faire obstacle.

 

SIGNATURES

Magdala - anciennement Le Comité de la Jupe, est une association dont l’objet est de promouvoir, conformément au message de l’Évangile, l’égalité des femmes et des hommes au sein de l’Église catholique.

Le Planning familial - Association féministe et d'éducation populaire, le Planning familial milite depuis 1956 pour le droit à la contraception, à l’avortement et à l’éducation à la sexualité.

 

 

 

 

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