Au mois d'août, la Lejeune académie a tenu "en Anjou", à Notre-dame-d'Orveau, à côté de Segré, une semaine de formation au plaidoyer "pro-vie" à destination de jeunes militant·es (18-27 ans) utilisant les modes d’action les plus modernes pour défendre des valeurs réactionnaires. Un membre du staff a d'ailleurs déclaré au magazine Valeurs actuelles que l'objectif de cette académie était "de former les leaders du mouvement pro-vie". Au Planning familial, nous savons que celles et ceux qui se disent "pro-vie" sont en fait des personnes qui refusent aux autres la liberté de disposer de leur propre corps. Nous les appelons donc des "anti-choix".
Du côté du Planning Familial 49, nous déplorons qu'une telle formation se soit déployée sur notre territoire.
Celle-ci vise à former des futur·es chargé·es de plaidoyer capables de banaliser un discours anti IVG, anti PMA, anti contraception. Sa directrice, Marie-Lys Pellissier, ouvertement réactionnaire et anti IVG, a déclaré en janvier 2025 "voir d'un bon œil le choix des juges de la Cour suprême", qui a eu pour conséquence dramatique le renversement de l'arrêt Roe vs Wade garantissant jusqu'alors le droit à l'avortement dans la constitution américaine.
La Lejeune académie a été créée en 2021 par l'association anti IVG "Marche pour la Vie", organisant depuis 2005 une manifestation annuelle contre l'avortement.
Nous connaissons les idéologies et les moyens de la fondation Jérôme Lejeune qui se trouve en arrière-plan de cette semaine de formation. Elle est une des principales associations du mouvement anti-choix en France et milite contre l'avortement et l'euthanasie. Son implantation locale nous inquiète et nous souhaitons alerter sur la tenue de tels évènements en Anjou.
Leurs idéologies rétrogrades ne sont pas les bienvenues !
Au mois de septembre, les 24 et 25, s'est tenu au centre des congrès d'Angers, un congrès porté par l'I2F (Institut de Formation à la Fertilité). Cet institut a récemment été pointé par Médiapart pour ses idéaux anti-avortement. Sa directrice, Marion Vallet (qui est intervenue à Angers), est également la présidente de Focus Fertilité. Cette association de soignantes a pour mission de « promouvoir la physiologie de la fertilité et les différentes méthodes d’observation du cycle (MOC) ». Derrière une apparente volonté d'information sur les méthodes naturelles de contraception, en réponse à des études médicales démontrant la faiblesse de leur fiabilité, se cachent bien des idées anti-contraception et anti-avortement. Nous ne sommes donc pas étonnées que cette association ait été créée suite à une pétition, signée par 400 soignantes, hébergée par le site J’arrêtelapilule.fr.
Selon Médiapart, "Marion Vallet effectue son stage, pendant ses premières années de médecine, [...] à l’Institut Jérôme-Lejeune". "Elle passe ensuite un diplôme universitaire de « restauration de la fertilité » dirigé par René Écochard, à Lyon-1, lui aussi recensé par le « Réseau Vie » comme un « acteur des mouvements pro-vie » en France, dans lequel elle interviendra ensuite." "Après son école de sage-femme, Marion Vallet s’engage dans un master de bioéthique à l’Institut politique Léon-Harmel, destiné à « accompagner les chrétiens engagés en politique » et dirigé par Guillaume de Thieulloy, pilier de la cathosphère et directeur du blog « Salon beige ». [...] Elle suit ensuite le master « Fertilité et sexualité conjugale » de l’Institut Jean-Paul-II du Vatican, tout comme la secrétaire générale de Focus fertilité, la sexologue Astrid de Plinval." "En 2019, Marion Vallet complète sa galerie de diplômes avec celui d’animatrice du CycloShow".
Quand bien même, elle nie avoir une quelconque appartenance militante, son CV parle pour elle. La création de l'institut I2F par Marion Vallet a bien vocation à aller toucher les professionnel·les de santé et notamment les sages-femmes. L'ordre des sages-femmes s'est d'ailleurs déjà alerté de la volonté d'ingérence de Focus Fertilité dans leurs écoles.
En toile de fond, le journal La Topette a mis en exergue ce mois-ci dans un article "Les mauvaises ondes de RCF Anjou" les propos dangereux tenus sur cette radio locale. L'article détaille le virage conservateur pris par la ligne éditoriale depuis quelques années. On peut s'en inquiéter car, si l'on en croit les chiffres avancés par cette radio, ce ne seraient pas moins de 13 000 auditeur·ices quotdien·nes qui la suiveraient. Parmi les propos problématiques relevés, on trouve, au choix, des propos anti IVG, racistes ou complotistes (lobby LGBTQIA+).
Le Planning Familial 49 ne peut que s'alarmer de la tenue de tels propos à l'antenne. Certains pourraient tomber sous le coup de la loi et tendent à la banalisation de ces points de vue plus que problématiques.
De plus, il était aussi question d'une Conseillère Conjugale et Familiale exerçant au sein de l'association angevine "Plus belle ma vie", également intervenante dans l'émission "On fait comme on peut" (anciennement "L'Atelier de parents") sur RCF Anjou. Nous découvrons dans l'article de la Topette, qu'elle tient des propos culpabilisants pour les victimes ou que parmi ses conseils bibliographiques, il y aurait un livre édité par la Communauté de l'Emmanuel.
Elle est aussi l'une des responsables du CycloShow-XY France. Cette association d’éducation à la vie affective a été fondée par Elisabeth Raith-Paula, militante anti-IVG et anti-contraception connue pour défendre la « planification naturelle des naissances ». Cette association promeut également des valeurs sexistes sur le couple et les rapports de genre. Cette association a par ailleurs été citée par un syndicat de l'enseignement privé, la Fep-CFDT, comme étant un sujet d'inquiétude des enseignant·es quant à la mise en place de séances EVAR et EVARS dans leurs établissements par celle-ci. Ce syndicat évoque également leurs inquiétudes par rapport à des séances menées par le CLER Amour et Famille, association créée en 1962 en réaction à la création du Planning familial, ou par LIFT, start-up financée par le milliardaire d'extrême-droite Pierre Édouard Stérin. Ces associations sont bien présentes dans notre département et nous en avons été alerté·es à plusieurs reprises.
À l'heure où l'extrême droite monte, ne nous leurrons pas, la constitutionnalisation de l'avortement et la légalisation de la contraception ne seront pas des remparts suffisants. Ces idées déjà là et les personnes qui les portent se cachent derrière une soi-disant préoccupation pour la santé des femmes et des enfants pour faire passer leurs idées réactionnaires. Nous constatons également que ces argumentaires visent à convaincre les professionnel·les de santé mais aussi des responsables politiques et nous ne voyons que trop souvent ces groupes faire partie de collectifs de travail dans des cabinets ministériels ou à l'HAS.
Nous ne savons que trop bien que notre corps est un enjeu politique et à l'heure où les discours natalistes reviennent au goût du jour, il est essentiel de réaffirmer que notre corps nous appartient. Non, nous ne serons pas l'outil d'un "réarmement démographique" dans une société qui ne s'intéresse à nous que lorsqu'il s'agit de l'exploitation de nos corps.
Notre département ne doit pas être un lieu hospitalier pour ce genre d'idéologie.
L'avortement et la contraception sont des droits fondamentaux qui restent à défendre ! Notre corps, notre choix !
Sources :
https://www.cafepedagogique.net/2025/09/25/evars-cycloshow-xy-les-dangers-de-lexternalisation/