Aujourd'hui, nous nous rassemblons car la justice de notre pays ne mérite pas son nom lorsqu'il s'agit de violences sexuelles.
Nous sommes ici en soutien à toutes les personnes qui ont été victimes de violences sexuelles, enfants comme adultes, à celles qui ont survécu et en souvenir de celles qui ne sont plus parmi nous.
Quand on parle de violences sexuelles, le mot "sexuelle" prend toute la place et empêche chacun·e d'entre nous d'y faire face, engoncé·es que nous sommes dans toute la gêne que la société fait porter à ce mot. Les violences sexuelles sont des violences inter-personnelles, des violences relationnelles, des violences psychologiques et physiques mais aussi des violences culturelles et systémiques, dont le but est d'asseoir la domination d'une partie de la population sur une autre. Les hommes sur les femmes, les adultes sur les enfants.
En nous empêchant de penser les violences sexuelles, notre société décide de laisser des milliers d'enfants dans l'incompréhension et le silence, dans l'impossibilité de pouvoir penser ce qui leur arrive et dans l'impossibilité de le dénoncer. Comment savoir ce qui n'est pas normal si personne n'ose l'évoquer ?
Comment aider un enfant victime si pour nous aussi, adultes, le sujet de la sexualité nous est devenu tellement tabou que nous n'arrivons pas à voir ou à entendre alors qu'il s'agit bien là de violences. Un mot fait plus peur que les chiffres du nombre d'enfants violentés sexuellement par jour en France.
Nous avons vu les discussions et les blocages que le programme EVARS (Éducation à la Vie Affective Relationnelle et Sexuelle) a suscité dans le débat public. Ce programme est obligatoire depuis 2001 mais n'est toujours pas effectif concrètement alors qu'il est un outil majeur de prévention et de détection des violences.
Les violences sexuelles sont un outil qui silencie car la honte est l'émotion du silence. Un outil de pouvoir et de domination.
Le patriarcat et le capitalisme se nourrissent de l'adultisme, du sexisme, du racisme, du classisme et du validisme. Nous n'en voulons plus !
Nous défendons le fait de penser les séances EVARS en fonction des réels besoins des enfants et non en fonction d'idées préconçues d'adultes.
Nous exigeons le financement sans restriction de ces séances et des associations qui en ont l'expertise.
Nous exigeons les moyens nécessaires pour former les adultes, accompagner les personnes victimes et les auteurs de violences.
Nous dénonçons la récupération des violences sexuelles par l'extrême droite afin de répandre leurs idées racistes nauséabondes. Nous l'avons vu ici même, dans notre ville, de trop nombreuses fois.
Nous défendons l'idée que la réaction ministérielle de ne penser qu'en termes de sanctions, castrations chimiques ou enfermements est une nouvelle façon de "fermer les yeux", de fausses solutions individuelles à un problème de société qui doit être pensé à un niveau systémique ; une nouvelle façon de ne pas assumer le fait d'enfin parler aux enfants, de les écouter et surtout de ne plus ne rien faire de leur parole. Soyons à la hauteur de la confiance qu'iels placent en nous !
Les violences sexuelles isolent.
bell hooks a dit en 1989 : "Nommer la souffrance, ou dévoiler la souffrance, dans un contexte où elle n'est pas liée à des stratégies de résistance et de transformation, a créé, pour de nombreuses femmes, les conditions d'une distance, d'une aliénation et d'une solitude encore plus grandes, parfois d'un profond désespoir."
Nous ne voulons plus de cette solitude pour personne !